than' die quoi?

Mes coups de coeur, ce que j'aime, ce que j'aime pas.

08 mai 2009

K’naan : La conscience somalienne.

K_naan Le rap ce n’est pas ma tasse de thé. Mis a part MC Solaar qui a su retenir mon attention grâce à son génial maniement des mots et Will Smith avec quelques unes de ses chansons, je n’ai jamais été réceptive à ce genre. Ce n’est pas le gangsta rap à la 50 cent ou le rap d’ Eminem estampillé de mauvais goût qui ont arrangés les choses. Quelle fût donc ma surprise lorsque j’ai adhéré à l’univers de Kanaan Warsame alias K’naan…mais de là à le considérer comme un coup de cœur me direz vous. Eh bien, cela est amplement mérité!

Ce somalien d’adoption canadienne à su m’attirer dans son univers, profitant des erreurs commises par ses confrères. Bien souvent, ils nous pondent des torchons où l’ego tripping est monnaie courant, des propos illustrés par des vidéos clips bling bling au mépris d’un véritable engagement. Les amateurs diront sûrement qu’il s’agit là d’une vision très relative voire caricaturale du rap. Probablement, c’est en tout cas l’image que donnent à voir les têtes d’affiche du genre. Bien sûr il faut regarder plus loin que le bout de son nez mais lorsqu’un genre bénéficie d’une si mauvaise publicité et a du mal à mettre en valeur les artistes qui en valent la peine, difficile d’aller chercher plus loin.

K’naan est l’exception qui s’est glissée entre les mailles du filet. Friande de textes engagés comme je suis, il n’a pas eu de mal à susciter mon attention. Comme il le fait remarquer dans les paroles de I Come Prepared- en featuring avec Damian Marley- K’naan écrit sur ce qu’il voit. Il est dans la lignée de tous ces artistes africains fiers de leur identité et conscients des problèmes affectant leur pays aussi bien que le continent tout entier. Tout ce bouillonnement artistique en passant de Keziah Jones à Nneka me fait penser à une sorte de Négritude musicale. D’ailleurs comme le suggère le titre de son deuxième album, K’naan joue les Troubadour sur le continent africain et s’égare parfois.

K_naan_1Pour ce troisième album K’naan s’est entouré de beau monde, parmi lequel Damian Marley, Mos Def et Adam Levine- cherchez l’intrus. Contrairement à d’autres qui pour nous en mettrent plein la vue usent d’arrangements -parfois agressifs- à foison, K’naan ne pèche pas trop dans l’excès. T.I.A et ABC’s les deux premiers titres de cet album sont pourtant des machines à sons. Les propos critiques qui y sont tenus nous happent tout de même. « Tu ne sais pas combien là vie est dure dans ces rues » nous confit le rappeur avant qu’un chœur d’enfants n’entonnent « on ne nous apprend pas l’alphabet, notre vie se passe dans la rue ». Les morceaux s’efforcent d’éviter -pas toujours avec succès- une certaine linéarité. Pourtant des titres se dégagent du lot. Bang Bang avec ses accents hip hop/R&B même si il est par excellence le prototype de la chanson « femme fatale » reste efficace. A y regarder de plus prés la voix robotisée qui est utilisée fait penser à du Maroon 5. Somalia avec ses chœurs rappelle les probables influences gospel de l’artiste et fait penser aux chœurs à la I Wish de R. Kelly. America avec ses trompettes style meringue a un très léger arrière goût reggæton. C’est vraiment vers la fin de cet opus que K’naan prend son envole et nous propose des mélodies plus posées. Fatima est LA chanson de cet album. Elle relate l’histoire d’une jeune fille probablement contrainte à se marier -peut être est ce un texte autobiographique- des paroles touchantes de vérité « and why do they say that the children have the rights to be free, to be free ».

K_naan_2Avec Dusty Foot On The Road où il reprend en live les titres de son sophmore album Dusty Foot Philospher, K’naan ne s’encombre pas de bandes son gueulardes mais nous offre des mélodies à l’état pur. Les percussions africaines et guitares acoustiques sont mises à l’honneur pour apporter de la poésie à des propos pas toujours faciles. Avec sa voix oscillant entre rap et parfois, slam K’naan interpelle le public auquel il crache ses émotions avec force et sincérité. Tout cela me fait d’ailleurs penser à The Last Poets qui laissaient éclater avec brutalité le malaise et le ras bol de la communauté afro américaine dans les années soixante, soixante dix. Smile si bien résumée par l’artiste lui même - « on sourit malgré nos blessures intérieures »- s’impose comme LA chanson de cet album. Pour ceux qui connaissent Mos Def -et pas que de nom comme moi- sachez qu’il partage un duo mi rap mi slam avec K’naan, My God.

K’naan n’est pas la première voix révoltée d’Afrique à s’élever, elle ne sera probablement pas la dernière. Le regard lucide et pressant que l’artiste jette sur sa Somalie natale célèbre la chanson de protestation, un adroit contre pied au gangsta rap.

Posté par thandie à 20:04 - Coup de coeurs. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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